[IA] Les robots sont-ils vraiment intelligents ?

Alors que le terme d’intelligence artificielle (IA) est apparu dans les années 50, pourquoi l’IA est-elle aujourd’hui  sur toutes les bouches et sur tous les écrans ?  Pourtant, dès qu’on s’y intéresse un peu plus, on se rend compte que l’IA est dans nos vies depuis de nombreuses années. 

Mais que sait-on vraiment de l’IA ? Quelles en sont les origines ? Le terme d’IA est-il galvaudé ?

 

1- Comment définir ce qu’est une intelligence artificielle ?

 

Tous les jours, on entend parler de l’IA. On s’extasie des progrès de la science, on craint aussi l’infini champ d’applications de l’IA. Mais qu’est-ce exactement l’intelligence artificielle ?

La première apparition de ce terme est attribuée au Dr Marvin Lee Minsky (1927-2016), scientifique américain, considéré avec John McCarthy (1927-2011) -un autre scientifique américain qui fut récompensé par le Prix Turing- comme les pionniers de l’IA.

 

L’IA est une construction de programmes informatiques qui s’adonnent à des tâches qui sont pour l’instant, accomplies de façon plus satisfaisante par des êtres humains car elles demandent des processus mentaux de haut niveau tels que : l’apprentissage perceptuel, l’organisation de la mémoire et le raisonnement critiquée.

Pionniers de IA- Minski- McCarthyPionniers de IA : Marvin Minski & John McCarthy

Une IA serait donc, selon Minsky, un programme informatique qui n’est pas capable d’apprendre à percevoir, d’organiser sa mémoire ou de raisonner de façon critique.

Voyons ce que nous dit le Larousse : l’intelligence artificielle est « l’ensemble de théories et de techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence ». En résumé, une IA est qualifiée en tant que telle si elle est capable d’imiter l’intelligence (humaine, ça va de soi), donc de modéliser et contrefaire la réflexion humaine.

Pour Jean-Claude Heudin, directeur du laboratoire de recherche de l’IIM (Institut de l’Internet et du multimédia), “l’intelligence artificielle vise à mimer le fonctionnement du cerveau humain, ou du moins sa logique lorsqu’il s’agit de prendre des décisions.”

Grosso modo, une intelligence artificielle est un programme informatique capable de singer la réflexion humaine.

Mais peut-on reconnaître qu’une machine est intelligente ? Et si oui comment ?

2- Comment déterminer qu’une machine est intelligente ?

 

Pour tenter d’y répondre, remontons aux origines ! Allons d’abord rendre visite à Alan Turing, un brillant mathématicien et cryptographe britannique, rendu célèbre au grand public par le film “Imitation Game” (2014).

Concepteur de la machine qui cassa le code d’Enigma, Alan Turing est considéré comme le père des ordinateurs modernes. Dans les années 50, il s’interrogeait déjà : “une machine peut-elle penser ?”. Par cette réflexion, la question sous-jacente est de savoir si une machine peut être intelligente. Afin de détecter la capacité d’imitation d’une machine et donc de déterminer son intelligence, le mathématicien invente le Test de Turing (1950). Ce test à l’aveugle fait appel à une des intelligences dont l’homme est pourvu : l’intelligence interpersonnelle. Ou la capacité d’interagir et de manipuler.

IA - Alan Turing
IA – Alan Turing

Pour concevoir ce test, Turing s’est inspiré d’un jeu qui consistait à deviner le genre (homme ou femme) des personnes qui s’exprimaient dans une pièce séparée. Une de ces personnes faisait croire qu’elle était du sexe opposé. Le gagnant du jeu était soit la personne qui démasquait la contrefaçon, soit celle qui avait su faire semblant. Le test de Turing quant à lui évalue la capacité à reproduire le schéma de la pensée humaine. Il consiste à confronter dans des pièces séparées un humain appelé « juge » à deux interlocuteurs constitués d’un humain et d’un ordinateur. Le juge converse par écrit avec ses interlocuteurs. Selon les réponses de chacun, il doit déterminer lequel des deux interlocuteurs est un ordinateur. Si les juges ont été plus de 30% à se tromper, on considère alors que l’ordinateur a été capable d’imiter le comportement humain. Il est donc intelligent.

Jamais une machine n’avait pu réussir le test de Turing. Il aura fallu attendre 64 ans (en 2014) pour qu’un programme informatique trompe les juges. Lors de ce test, 33% d’entre eux ont été bernés par un programme. Ce dernier se faisait passer pour un enfant de 13 ans, Eugene Goostman. Les scientifiques russes à l’origine de cet exploit ont expliqué leur méthodologie. « Nous avons passé beaucoup de temps à développer un personnage avec une personnalité plausible”. Ils ont pris le parti de créer un personnage qui pensait tout connaître mais que “son âge rendait parfaitement vraisemblable le fait qu’il ne connaissait pas tout”. Bien que la réussite à ce test a été depuis contestée, ce succès suscite toutefois des craintes.

 

Avoir un ordinateur qui peut tromper un humain et lui faire croire que quelqu’un ou même quelque chose est une personne dans laquelle on peut se fier est un signal d’alarme sur la cybercriminalité

 

a déclaré au quotidien “The Independent Kevin Warwick, professeur de l’Université de Reading et surtout considéré comme le premier cyborg humain.

 

Le test de Turing est t-il aujourd’hui dépassé pour distinguer un humain d’un programme informatique ?

Les failles du Test Turing ne seraient t-elles pas la longueur des conversations (seulement 5 minutes) ? Ou la brèche viendrait-elle de la fiabilité des juges ou de la sollicitation d’un seul type d’intelligence ? Attribuer l’intelligence à la capacité de converser comme un humain ne peut constituer qu’une première étape d’évaluation. Malgré cela, en l’absence d’un autre test plus pertinent, le test de Turing reste inégalé. Un exemple récent vient corroborer ce constat.

 

3- IA forte : fantasme ou réalité ?

 

  • Qu’est-ce qu’une IA faible et une une IA forte ?

Si on évoque l’IA forte, alors il existe une IA faible. IA faible est celle dont on parle couramment.

L’IA faible -comme les robots industriels- a été créée dans le but de remplacer l’Homme dans des taches répétitives et pénibles mais demandant précision et vitesse d’exécution. Autres avantages certains : les robots sont infatigables et ne revendiquent pas. Ces assertions semblent triviales et pourtant : la grande différence entre une IA faible et une IA Forte réside dans ces caractéristiques.

Le 9 Mai 2018, Sundar Pichai, CEO de Google, a présenté Duplex, un assistant conversationnel capable de prendre des RDV dans un salon de coiffure et un restaurant. L’audience était mondiale et était stupéfaite devant la fluidité de la conversation (qui là n’était pas écrite mais orale) et “l’intelligence” de cet assistant, capable non seulement de répondre correctement mais aussi de s’adapter à la conversation et même de mimer l’humain par des onomatopées bien senties. Il est inutile de nier cette prouesse, cependant est-ce que cet assistant aurait réussi le test de Turing ? Rien n’est moins sûr.

GOOGLE DUPLEX - PHOTO CREDITS : JUSTIN SULLIVAN - GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP
GOOGLE DUPLEX – PHOTO CREDITS : JUSTIN SULLIVAN – GETTY IMAGES NORTH AMERICA – AFP

En effet, le test de Turing n’est pas très long mais dure tout de même 5 minutes. La conversation entre Duplex et le salon de coiffure ne dure qu’une seule petite minute (à moins que la conversation ait été tronquée au montage).

 

Dans le test de Turing, les juges sont prévenus que un de ses interlocuteurs est une machine. Ils sont donc (très) vigilants à la conversation. Les juges, plus avertis et ne tenant pas à “perdre” face à une machine, sont donc plus difficiles à duper. Par ailleurs, l’objectif de Duplex n’est pas de « duper » ses interlocuteurs mais d’être un véritable assistant. Quitte à utiliser des onomatopées et des pauses silencieuses simulant la réflexion. Mais si on prête autant d’attention que les juges du test de Turing, on peut relever deux défauts de Duplex. Sa conversation est assez directe (Duplex va droit au but) et ses phrases manquent de liant. Des questions complémentaires et des mots de liaison auraient donné plus de vie et de relief à la conversation.

 

 

Des humanoïdes dotés d’intelligence sont bien plus convaincants et impressionnants que Duplex.  Parmi eux, Sophia de Hanson Robotics. Elle peut tenir des conversations bien plus longues et exprimer son point de vue sur des sujets complexes et variés. Elle peut même faire des traits d’humour, dévoilant ainsi une personnalité. Jusqu’à présent, seuls les hommes et certains animaux possèdent une personnalité.

 

AI Robot Sophia - Elle Brazil CoverAI Robot Sophia – Elle Brazil Cover

Je pense que Sophia aurait passé haut la main le test de Turing. Elle possède plusieurs intelligences dont au moins 4 (sur un nombre de 8 selon la “théorie des intelligences multiples” ) : l’intelligence interpersonnelle, intrapersonnelle, linguistique et logico- mathématique. Cela lui confère une personnalité, celle que ses créateurs ont implanté dans son système. Elle est capable de penser de façon autonome, d’avoir une opinion et de l’exprimer dans un style linguistique supérieur à une certaine catégorie d’humains. Une fois son intelligence reconnue, son degré d’intelligence et sa récente nationalité saoudienne peuvent déranger et poser des problèmes de responsabilité.

 

 

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